Oubli de mot de passe
Déjà inscrit ?
 
Se connecter
 
Déjà inscrit ?
 
Nouveau visiteur ?
Date de naissance

La fleur, la pollinisation et les insectes

C’est une belle histoire sur la biodiversité. Elle raconte comment les plantes à fleurs et les insectes sont sortis tous les deux vainqueurs dans leurs catégories respectives, les végétaux et les animaux.

  • Histoire de la biodiversité
Histoire de la biodiversité par les plantes [Photo L. Vourzay | © OPIE]
Une longue histoire entre les insectes et les plantes

Elle débute au Permien, il y a 250 millions d’années, avec les Coléoptères et les Cycadales. Ces dernières sont des gymnospermes dioïques avec des cônes comme organes reproducteurs. Il en reste actuellement 275 espèces de par le monde, principalement entomogames. Les pollinisateurs sont des Coléoptères de la famille des charançons, qui, attirés par l’odeur, pondent leurs œufs dans les cônes où leurs larves se développeront. En pondant, ils se couvrent de grains de pollen sur les cônes mâles et pollinisent ensuite les cônes femelles.

En offrant aux insectes du pollen et du nectar riches en sucres et protéines, les plantes à fleurs ont d’abord attiré des adultes dont les larves étaient phytophages. Mais, à la différence des Cycadales, les espèces  concernées ont surtout été celles qui mangeaient les plantes voisines. Parmi ces phytophages, les Lépidoptères se sont engagés dans une relation de couple particulière, cimentée par des arrangements réciproques. On parle de coévolution. La trompe des papillons et les nectaires au fond des fleurs tubulaires témoignent de ce parcours en commun.

La production de pollen et de nectar a ouvert une nouvelle voie pour les hyménoptères. Les abeilles et les bourdons se sont développés à partir d’un véritable contrat mutuel tacite : « du pollen et du nectar pour ma descendance et, en retour, je transporte involontairement le pollen sur d’autres fleurs ». Cela dure depuis environ 100 millions d’années  : on assiste, là aussi, à une histoire évolutive commune. Elle concerne la position des nectaires, la morphologie florale et les pièces buccales. On différencie les espèces à langue courte, des espèces à langue longue. De plus, certaines espèces ne récoltent que le pollen de certaines plantes. On les qualifie d’oligolectiques, par opposition aux espèces polylectiques, plus généralistes.

La pollinisation par les insectes est à l’origine d’une très grande part de la biodiversité observée de nos jours. La réussite des angiospermes entomogames a fait exploser la diversité des espèces d’insectes phytophages et ce sont les hyménoptères qui en ont le plus profité. Il y a bien sûr les abeilles et les bourdons qui sont maintenant plus de 20 000 dans le monde. Mais il y a surtout les parasitoïdes qui s’attaquent aux chenilles, aux larves de coléoptères et aux pucerons. On a du mal à évaluer leur nombre, mais ils constituent actuellement sûrement plus de la moitié des espèces d’hyménoptères.

La récolte et le transport du pollen

Les espèces pollinisatrices ont toujours une pilosité plus ou moins importante. Les grains de pollen sont généralement collants, souvent huileux et avec une ornementation sur la surface de la paroi. Lors du mouvement des insectes sur une fleur, le pollen est piégé entre les poils. C’est ce pollen, transporté à l’insu de l’insecte, qui sera déposé par celui-ci sur le stigmate d’une autre fleur.

Un pollinisateur efficace est un insecte qui transporte beaucoup de pollen et qui visite de nombreuses fleurs, surtout les fleurs d’une même espèce au moment de sa floraison. Dans ce registre, tous ne sont pas à la même enseigne. La Cétoine hérissée est un Coléoptère extrêmement velu qui est très souvent couvert de grains de pollen. Malheureusement, comme chez beaucoup de Coléoptères pollinivores, son activité de butinage est très réduite et les individus ont tendance à rester très longtemps dans la même fleur pour finir leur repas. Les Diptères comme les syrphes, grâce à leur agilité en vol, visitent beaucoup plus de fleurs mais ils ne sont pas restreints dans leur choix. Les Lépidoptères, quant à eux, butinent abondamment mais transportent très peu de pollen après chaque visite. Par contre, ils choisissent principalement des fleurs tubulaires. Les « papillons de nuit » visitent plutôt les fleurs de couleur claire, alors que les « papillons de jour » visitent plus fréquemment les fleurs mauves, ou pourpres.

Les Hyménoptères apoïdes remplissent tous les critères pour être des pollinisateurs efficaces. Ils ont généralement une pilosité importante. Il suffit de regarder les bourdons. Les espèces pratiquent une très forte activité de butinage car la récolte de pollen et de nectar est indispensable pour leur descendance. Chacun a sa technique. Les anthophores accumulent le pollen dans une brosse située sur les pattes postérieures. Les mégachiles agglomèrent le pollen sous leur ventre. L’abeille domestique et les bourbons concentrent le pollen en une pelote sur les tibias des pattes postérieures. Ces derniers constituent le « nec plus ultra » des pollinisateurs. En effet, l’examen des pelotes de pollen montre une fidélité des individus vis-à-vis d'une même espèce de fleur pendant le butinage. Cette fidélité augmente très fortement la probabilité qu’un grain de pollen déposé sur une fleur, appartienne à la même espèce.

Une imagination débordante pour attirer les insectes

Comme nous, les insectes ont des organes sensoriels qui leurs permettent de voir les couleurs et de sentir les odeurs. Leur vision est différente de la nôtre. Ils ne perçoivent pas le rouge mais en revanche distinguent l’ultra-violet. Les récepteurs sensoriels de l’odorat sont situés sur les antennes. Les Lépidoptères sont les champions de l’olfaction, particulièrement les espèces nocturnes qui sont capables de se diriger vers une source odorante située à plusieurs centaines de mètres.

Les différentes stratégies adoptées par les plantes pour attirer les insectes s’appuient sur ces deux sens. Les insectes diurnes se déplacent dans un environnement rempli de vert. Les fleurs forment des taches colorées, véritables enseignes leur permettant de repérer les sources de nectar et de pollen. Certaines se sont regroupées en de vastes inflorescences pour être plus visibles. Regardez les inflorescences d’ombellifères par temps chaud : ce sont de véritables restaurants. De nombreuses fleurs présentent des taches, des traits, des rayures qui conduisent le visiteur vers les nectaires et les étamines. Ces ornementations sont parfois invisibles pour notre vue car elles reflètent l’ultra-violet. Le marronnier lui, a mis en place une stratégie qui ne permet les visites que pour les fleurs non fécondées. Fraîchement écloses, elles sont blanc-crème avec des taches jaunes au centre. Lorsque la fleur est fécondée, les taches deviennent rouges, disparaissant aux yeux des insectes.

De nombreux pollinisateurs sont sensibles à l’intensité du « bouquet floral » dégagée par les fleurs. Les espèces à pollinisation nocturne, comme le chèvrefeuille ou le tabac, ont un pic d’émission de leur parfum la nuit. La diffusion s’arrête dès que les fleurs sont fécondées. Certaines plantes trompent les insectes avec des odeurs. Par exemple, la plupart des arums dégagent une odeur de décomposition qui attire des Diptères saprophages. Mais dans le registre de la duperie, certaines orchidées sont très impressionnantes. Les ophrys sont principalement pollininisés par des mâles d’abeilles sauvages. Sur le labelle de la fleur, on assiste à une pseudo-copulation et ces mouvements entrainent le dépôt des pollinies sur la tête ou l’abdomen de l’animal. En fait, les fleurs dégagent une odeur très proche des phéromones sexuelles des femelles. La coévolution aboutit parfois à des scénarios extrêmement étonnants.

La fleur, une vitrine de la biodiversité

Les araignées-crabes ne sont pas à l’affût sur une fleur par hasard. Le gibier est abondant. D’autres espèces sont en attente. Les méloés sont des Coléoptères qui parasitent les abeilles sauvages. Les femelles pondent de nombreux œufs dans le sol. Les larves ou triongulins se dirigent dès l’éclosion vers les fleurs les plus proches et attendent. Dès qu’un insecte arrive, les triongulins s’accrochent à lui.  Beaucoup font le mauvais choix et sont vouées à une mort certaine. Ne survivront que ceux qui voyagent avec une abeille sauvage jusqu’à son nid. Ils se nourriront du pain de miel destiné aux larves d’abeilles.

L’observation des insectes sur une fleur apporte de multiples informations, en particulier sur la présence à proximité d’un habitat favorable à leurs larves. Prenons l’exemple du Point de Hongrie, un petit papillon de jour. Les femelles pondent sur le Lotier corniculé mais avec une préférence pour les sites bien ensoleillés et à l’abri du vent. Il y a donc sur le lieu d’observation ou à proximité un tel endroit favorable au développement des chenilles. Autre exemple, l’observation du  Verdet noble - une cétoine floricole que l’on rencontre à la lisière des bois -, signifie la présence à proximité de vieux arbres avec des cavités, car c’est l’habitat de la larve.

La diversité de certains groupes d’espèces apporte des éléments importants sur la qualité du fonctionnement des écosystèmes qui nous entourent. Par exemple, l’observation d’une diversité de prédateurs ou de parasites montre que ces derniers ont assez de chenilles, criquets ou araignées pour se nourrir. Pour revenir aux pollinisateurs, la diversité des espèces d’insectes et de plantes engendre une diversité des réseaux de visites. Chaque espèce de pollinisateurs visite une gamme de fleurs précise et chaque fleur est visitée par une diversité d’espèces particulière, liée à sa morphologie. La diversité de ces réseaux est indispensable à l’équilibre des écosystèmes et la fleur doit être perçue comme une pièce maîtresse de l’immense château de cartes de la biodiversité et nous avons tous intérêt à la conserver.