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La protection de la pollinisation est l’affaire de tous

Passer par les chemins habituels de la protection de la nature ne marchera pas. Il suffit de peu de choses, juste une petite prise de conscience que la gratuité d’un service écologique à ses propres limites et que chacun peut intervenir à son échelle.

  • Un hyménoptère
Un hyménoptère [© Agathe Haevermans]
Le gîte et le couvert

Un insecte floricole a besoin de deux espaces : un premier pour son développement larvaire et un second, fleuri, pour les adultes. Ces deux espaces ne sont pas forcément au même endroit. Par exemple, lorsque l’on voit un papillon comme le Machaon sur une fleur, celui-ci peut provenir d’une chenille qui s’est nourrie sur un pied d’Aneth, situé dans un jardin à plus d’un kilomètre.

Il en est de même pour les abeilles sauvages et les bourdons. L’espace pour les larves est lié aux sites de nidification. De nombreuses espèces nidifient dans le bois mort et un vieil arbre sénescent peut devenir un véritable hôtel à abeilles sauvages. D’autres espèces nichent dans le sol où la descendance passe l’hiver. La Collète-lapin, ou Colletes cunicularius pour les scientifiques, est une abeille sauvage qui apparait très tôt au printemps. Les femelles creusent des galeries dans des sols sableux. Chaque galerie se termine par une cellule larvaire. L’entré du nid est unique et ressemble, toute proportion gardée, à l’entrée d’un terrier de Lapin de garenne. Pour maintenir la Collète-lapin sur un site, il faut que le sol ne soit pas perturbé jusqu’au printemps suivant.

Certaines plantes à fleurs sont très importantes pour de nombreux insectes floricoles et doivent être conservées. C’est le cas des fleurs de saules au printemps. Elles sont la première grosse ressource en pollen et en nectar pour les insectes pollinisateurs qui sortent de la période hivernale. Au court de l’année, les plantes avec une longue période de floraison, comme le Trèfle des près, facilitent le maintien des bourdons. En automne, c’est le Lierre qui prend la relève. Ses fleurs, présentes en septembre et octobre, constituent la plus importante ressource de nectar pour les insectes qui passent la période hivernale à l’état adulte. Pour les abeilles, sa miellée permet de renforcer les réserves nécessaires à la survie des colonies pendant l’hiver.

Pour avoir un habitat de qualité, il faut que la distance entre les sites de développement des larves et les zones fleuries pour les adultes, coïncide avec la capacité de déplacement des espèces. Cette dernière est très variable. Les petites espèces d’abeilles sauvages ne s’éloignent pas du nid au-delà de 300 m alors que certains papillons ou bourdons peuvent parcourir plusieurs kilomètres pour trouver de la nourriture. En fait, il faut faciliter les connexions entre le gîte et le couvert et pour cela, on peut agir sur chaque m².

Des parcs et des jardins dans les villes et les villages

La Mite du blé est un petit papillon qui est devenu très commun dans nos maisons. Les chenilles se délectent de la farine ou des céréales pour nos enfants. En fait, la biodiversité s’installe partout et dans les zones urbaines, l’homme est au centre de ses interactions. Pour les insectes pollinisateurs, les jardins, les massifs floraux, les squares, les parcs apportent une disponibilité florale importante tout au long de l’année. Si l’on veut entretenir de bonnes relations, il faut cependant éviter certaines plantes stériles ou les espèces invasives, et privilégier certaines fleurs ornementales. Orientez vos choix sur des espèces mellifères riches en pollen et en nectar pour vos haies et vos compositions florales. La morphologie des fleurs est aussi un critère très important. Campanules, lupins, lamiers et mufliers favoriseront la diversité des espèces de pollinisateurs. Il est aussi primordial de donner libre cours aux plantes sauvages locales dans une partie de son jardin ou d’un parc urbain. C’est très bénéfique à la biodiversité dite ordinaire, qui le devient de moins en moins.

Il faut aussi proposer des sites de nidification pour les abeilles solitaires. Gardez des surfaces planes de sol nu ou très peu végétalisé. Si le sol est sableux, vous aurez la chance de voir s’installer des dasypodes ou « abeilles à culottes » avec leurs pattes postérieures bourrées de pollen. Dans les jardins en pente, le jardinage en terrasse favorise la mise à nu de la terre sur des surfaces plus ou moins verticale. Ce sont des sites de nidification d’abeilles sauvages de petite taille comme les halictes. Gardez les souches et les vieux arbres tout en respectant, dans les jardins publics, la sécurité des personnes. Vous pouvez aussi fabriquer vous-même des nichoirs à abeilles sauvages avec des tiges de roseau ou en perforant à l’aide de forets de différents diamètres, la tranche d’une planche de bois. Vous pourrez y observer vous-même les mégachiles aménager des cellules alignées les unes derrière les autres. Ce sont des abeilles coupeuses de feuilles qui tapissent chaque loge avec des feuilles découpées sur des rosiers ou d’autres plantes du jardin. Chaque cellule renferme un œuf et une pâtée de pollen et de miel pour l’alimentation de la future larve.

Des fleurs, des talus et du bois mort dans nos campagnes

La biodiversité ordinaire disparaît petit à petit dans nos campagnes, au point que dans certaines régions, on assiste à un paradoxe : les zones urbaines deviennent une zone refuge pour certaines abeilles sauvages. C’est principalement la destruction des linéaires de haies qui est à l’origine de ce phénomène.

Un réseau de haies permet la création de microclimats favorables aux insectes pollinisateurs. Elles ont une fonction de coupe-vent et d’abris qui induit localement des variations de températures différentes. Dans un paysage agricole, le réseau de haies favorise les déplacements des insectes floricoles comme les papillons. Elles facilitent la connexion entre « le gîte et le couvert » en augmentant les zones à l’abri des vents dominants.

La haie est un élément central pour la sauvegarde de la biodiversité en zone rurale. Une haie très favorable comprend plusieurs strates. Elle est composée d’un mélange d’arbres et arbustes en son centre qui structure sa hauteur. S’y mélangent des espèces avec des fleurs riches en pollen et nectar comme les érables, les aubépines et les sorbiers. D’autres arbres comme les chênes sont peu mellifères, mais les vieux individus apportent de nombreux sites de nidification. Sur les cotés, des buissons se développent dominés parfois par les ronces. Les tiges sèches de ces dernières sont des sites de nidification de certaines abeilles sauvages comme les cératines. Il y a aussi des lianes riches en nectar comme les chèvrefeuilles et le lierre. Enfin, une strate herbacée fait le lien avec le reste du champ. On l’appelle la banquette herbeuse ou encore l’ourlet. La flore observée est proche de celle des lisières forestières à laquelle se rajoutent des espèces messicoles avec des morphologies florales très variées.

Dans les zones rurales, les linéaires herbacés le long des routes et des champs sont déterminants pour relier différents éléments du paysage. Des études ont montré que leur abondance augmente le nombre de papillons de jours et d’abeilles sauvages. La fauche de ces linéaires doit prendre en compte le rôle de la disponibilité florale pour les pollinisateurs. Des bords de route et de champs fleuris sont des voies privilégiées qui facilitent le déplacement des espèces et enrayent leur isolement.