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Un service écologique gratuit menacé

Histoire d’interactions entre les insectes et les plantes, la pollinisation a aussi des conséquences sur notre vie car nous en tirons de nombreux bénéfices. Pour combien de temps encore ?

  • La pollinisation
La pollinisation [Photo H. Savina | © OPIE]
L’Abeille domestique en péril

L’Abeille domestique est une espèce sociale qui vit en colonie. Chaque colonie est constituée d’une reine qui assure le renouvellement des individus. Les ouvrières récoltent le pollen pour nourrir les larves et le nectar pour fabriquer le miel. Les mâles (ou faux-bourdons) naissent au début du printemps, quand les réserves faites par les ouvrières commencent à augmenter. Ils peuvent être présents dans la ruche tout le long de la belle saison, et profitent d'un essaimage pour féconder les futures reines. Les mâles restant seront expulsés à la fin de l'été, lorsque la colonie commence à puiser dans ses réserves... Dans la nature, une colonie peut être observée dans un arbre, le long d’une paroi rocheuse ou… dans une cheminée. Mais la très grande majorité des colonies est gérée par les apiculteurs.

L’Abeille domestique est le premier insecte au service de l’homme. Il s’y intéresse dès la préhistoire. Il y a environ 10 000 ans, des hommes dessinaient des abeilles sur des rochers dans de nombreuses régions du monde. Dans la grotte de l’Araignée en Espagne (Cueva de la Araña), une peinture rupestre datée de – 6 000 ans montre une femme ramassant du miel dans un arbre. Les premières preuves de domestication remontent à 3 000 ans sur le site de Rehov en Israël où l’on a retrouvé les restes d’une centaine de ruches. On peut facilement comprendre cet engouement, car le travail réalisé par l’Abeille domestique est gigantesque. Pour faire un kilo de miel d’acacia, il faut 500 000 visites de fleurs et les ouvrières auront parcouru près de 90 000 kilomètres, une distance équivalente à plus de deux fois le tour de la terre.

De nos jours l’Abeille domestique est menacée. On observe une mortalité importante des colonies en Europe et dans le monde. Les études réalisées par les chercheurs montrent que plusieurs facteurs sont à l’origine de cette mortalité. Les pesticides sont très souvent incriminés notamment trois molécules : l’imidaclopride (Gaucho®), le fipronil (Régent®) et le thiametoxam (Cruiser®). Vraisemblablement, celles-ci ont des impacts préjudiciables à très faible dose sur les abeilles. On observe une perturbation de leurs capacités cognitives (apprentissage, orientation) et du comportement de butinage. Des maladies affaiblissent les colonies. Deux agents pathogènes semblent jouer un rôle important. Le varroa est un acarien parasite originaire de l’est de l’Asie, qui a été introduit dans les années 1950 en Bulgarie. Il s’attaque aux adultes, aux larves et aux nymphes. La loque américaine est une maladie causée par une bactérie qui s’attaque au couvain. Enfin, le manque de ressources différentes en pollen et en nectar influence la durée de vie des abeilles. En effet, des études ont montré que plus les ressources sont diversifiées, plus la résistance aux maladies est importantes.

Le déclin de la biodiversité des insectes pollinisateurs

L’abeille domestique est considérée comme une « sentinelle de l’environnement ». Si la sentinelle est malade, on peut fort justement se poser des questions sur le devenir des autres insectes pollinisateurs. Malheureusement, nous avons encore peu d’informations. Les groupes les plus étudiés sont les papillons de jour et les bourdons. L’analyse des données de répartition montre que de nombreuses espèces sont en régression. Cela concerne surtout les espèces spécialistes comme les papillons liés à une seule espèce de plante ou les bourdons à langue longue, tributaires de fleurs ayant une forme précise. Ces données sur les espèces nous donnent des pistes sérieuses pour rechercher les causes de ces régressions dans l’environnement.

La principale cause du déclin des insectes pollinisateurs est avant tout une utilisation intensive de l’espace par l’homme. Une étude récente à l’échelle européenne a montré qu’en Hongrie, l’abondance des espèces d’abeilles sauvages et des bourdons est importante même dans les zones d’agriculture intensive. Par contre en Suisse, dans ces zones, elle est nettement plus faible. Aux Pays-Bas, la diversité et l’abondance est faible quelle que soit la zone étudiée. En fait, les Hongrois ont encore la chance d’avoir un important réseau d’espaces agricoles gérés traditionnellement. Au Pays-Bas, l’utilisation de l’espace est telle, que l’ensemble du territoire est touché.

En France, dans de nombreuses régions, l’utilisation de l’espace est de plus en plus complète et concerne des surfaces de plus en plus grandes. Ceci provoque de nombreuses destructions de sites favorables aux  larves d’insectes et notamment des sites de nidification pour les abeilles sauvages et les bourdons. C’est ce que l’on appelle la fragmentation des habitats. La conséquence est une isolation, de jour en jour plus importante, des populations d’insectes.

Mais l’utilisation intensive de l’espace a surtout une répercussion sur la disponibilité en fleurs. Tout le monde a pu le remarquer : actuellement, il est difficile de voir des prairies fleuries avec des fleurs sauvages de différentes couleurs près de chez soi. Nous sommes très souvent obligé de nous déplacer relativement loin pour avoir ce plaisir des yeux. Eh bien, la majorité des abeilles sauvages ont une capacité de déplacement inférieure à 500 m à partir de leurs nids. Mettez-vous à leur place et regardez autour de vous.

La pollinisation et l’agriculture

De nombreuses espèces de plantes cultivées sont entomogames et on estime la valeur économique de cette pollinisation à 153 milliard d’euros à l’échelle mondiale. L’Abeille domestique est l’agent pollinisateur le plus important. La culture du tournesol est tributaire de la présence de ruches à proximité, et de plus en plus d’exploitants agricoles font appel aux apiculteurs. Aux États-Unis, un grand nombre de professionnels louent leurs ruches pendant la floraison des cultures. Cette activité, très lucrative - une ruche peut être louée jusqu’à 120 euros selon les cultures cibles - prend de plus en plus d’importance.

Les bourdons sont plus actifs que l’Abeille domestique dans la journée, pratiquement de l’aurore au crépuscule et ils sont efficaces même avec des températures assez basses. Ainsi, ils jouent un rôle important pour les cultures fruitières printanières comme le pommier ou le poirier dont la floraison se déroule avec des conditions climatiques très variables. De plus en plus d’arboriculteurs achètent des « ruches de bourdons ». Dans certaines régions les ruches sont renouvelées tous les ans car les colonies ne s’installent pas. Les trop grandes fluctuations de la disponibilité florale au cours de l’année ne permettent pas leur implantation.

Des études récentes montrent que la position de la parcelle cultivée dans le paysage environnant a aussi son importance. Cela a été montré avec le colza : plus la parcelle est proche d’une zone naturelle peu exploitée (pelouse calcaire, prairies extensives, landes…), plus son rendement est important. Ces zones, considérées comme peu productives, sont en fait des sources d’insectes pollinisateurs. Insérées au sein d’un paysage agricole, elles favorisent le rendement des cultures entomogames.